Anthony GAUTRON

 aka CHAIR BLEUE
 (Nantes _ Fr.)


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04 Avril 2026

Depuis quelques temps maintenant, je songe à ne plus faire de la photographie en séries.
Il se dégage de cette pratique une forme de pression, une attente.
Ma pratique d’autodidcate, non structurée, me rend névrosée face aux injonctions des jurys de concours, aux attentes des galeries et lieux d’expositions, aux institutions, etc.


Enfin, ne plus faire de séries, je ne sais pas. Revoir plutôt mes intentions et mon travail. Revoir le corpus d’images au sens large. Me sentir plus libre.

J’ai pris un temps de recul.
Toutes mes séries actuelles se concentrent vers un seul et unique point de convergence que je définis en 2 mots :
“Quand ? entre”

Il s’agit de la notion qui tourne autour du moment où une situation bascule, de quand on passe d’un modèle traditionnel, ancestral, culturel à un moment qui devient spectacle, une économie.

Quand le rituel devient folklore ;
Quand la tradition devient performance ;
Quand la culture devient produit touristique ;
Quand un territoire devient décor ;
Quand un geste ancestral devient spectacle ;
Quand la mémoire devient archive.

Ce moment de transition imperceptible pour ceux qui le vivent.

On ne sait jamais excatement quand la bascule a lieu.
On ne s’en rend qu’après coup, si d’ailleurs on s’en rend compte.

Il s’agit des mêmes chosent qui se jouent dans l’érosion. La transformation est lente, mais le résultat est radical.

La liminalité.
Ce moment où l’on se trouve entre deux états.

Ni avant.
Ni après.
Mais sur la brèche.

Quand un village devient une destination touristique. Quand un paysage rural devient une zone périurbaine. Quand une cérémonie religieuse devient un évènement culturel. Quand un lieu de travail devient un patrimoine.

Dans ces moments, les signes du passé sont encore présents, mais ils commencent à changer de fonction.

Ce moment presque fantomatique.


Certains créent des chaines vidéo. D’autres des pages sur les réseaux.
La forme sera donc ici sans doute hétérogène, aléatoire, illustrée à l’envie, selon mes sorties, sans réelle série, peut-être à la manière d’un journal de bord, d’un blog, fait d’allers et retours dans le temps parfois, de nouvelles envies ...



21 Avril 2026

Par un pur hasard, je me suis de nouveau retrouvé sur « la route du milieu ».

La route que j’empruntais il y a quelques années avant que je ne déménage.

Tous les matins, pour rejoindre mon travail « en ville », je quittais mon village à l’Est de la métropole pour m’enfermer dans ma voiture durant presque 3/4 d’heures.

Je traversais inlassablement, quotidiennement, les mêmes paysages.

Au Nord, les terres maraîchères et leurs serres qui s’étendent jusqu’à la rive gauche de La Loire.
Au Sud, le vignoble Nantais avec ses pieds de Muscadet à perte de vue sur les terres vallonnées cette fois-ci.
La route du milieu fend en son milieu cet espace pour que les gens, comme moi, qui arrivent de terres d’élevage situées tout au bout, puissent traverser le marais de Goulaine et rejoindre la ville.

Ici, à proximité de l’aire urbaine, se joue des traditions, une culture, une économie, une faune et un flore sous tension, … un équilibre.






24 Avril 2026

Le scanner portatif ne photographie pas.
Il lit.
Ligne après ligne, il traverse la peau comme on traverse une vie — sans recul, sans distance, sans la brutalité de l'instant décisif.

Ce qui en ressort n'est pas un portrait : c'est une stratigraphie.
Les rides, les pores, les accidents de surface deviennent les stries d'une coupe transversale, les cernes d'un arbre, les couches enfouies d'une existence.

Le sujet bouge.
La machine continue.
Chaque bande est un présent légèrement différent du précédent.
L'image entière n'a jamais existé en un seul instant — et pourtant elle est là, cohérente, suspendue, réelle.

Ce n'est ni un instant ni une durée.
C'est l'espace entre les deux.
Là où je travaille toujours.







26 Avril 2026

La route du milieu — une rencontre

Je l'ai vu de loin, au bout du rang. La machine avançait lentement entre les vignes, bras déployés.

Je me suis arrêté sur le bas-côté.

Il m'a vu aussi. Un signe de tête dans le bruit du moteur. J'ai eu un moment d'hésitation — ces situations peuvent virer mal. Les photographes qui s'arrêtent au bord des champs ne sont pas toujours les bienvenus.

Il a arrêté la machine.

On a parlé trente minutes, debout entre les rangs. Il m'explique qu'il est en biodynamie. Que ce qu'il épand, c'est de la bouillie d'ortie. Que les gens l'interpellent quand même, méchamment, sans savoir. Ni dans un camp ni dans l'autre — quelque part entre les deux.

Je lui parle de la route du milieu, de mes deux chez-moi qu'elle relie. Il comprend.

Je lui demande si je peux faire son portrait. Il est ravi.








05 Mai 2026

Certaines images arrivent sans prévenir. Sans intention claire, sans projet derrière. Juste la sensibilité qui répond à quelque chose.

Et pourtant elles disent déjà la même chose — ce moment où l'image ne sait plus ce qu'elle regarde.

Un corps sur le sable. Des crabes dans le noir. Des enfants au bout d'une jetée — ou peut-être déjà partis.

Ce n'est pas une archive. C'est une reconnaissance. Je cherchais déjà là où les choses vacillent.










07 Mai 2026

Bois Noir — suite et inachèvement

“Chez les Gens” a duré quatre ans. Quatre ans à entrer dans des intérieurs figés, à photographier ce que les gens ne voient plus. Quand ce projet s'est conclu, j'ai levé les yeux. Et j'ai regardé dehors.

Les jardins. Ces espaces que personne ne regarde vraiment — ou plutôt que tout le monde voit sans voir. La personnalité d'une vie entière compressée dans quelques mètres carrés de végétal taillé, planté, négligé ou soigné. Les mêmes logiques sociales, économiques, générationnelles — mais à l'air libre.

C'est devenu “Bois Noir”. Des photographies, un classeur-objet, et une chanson que j'ai écrite et mise en musique. Une chanson qui ne console pas.

La chanson n'est pas finalisée. Le projet s'est éteint de lui-même, une fois l'objet classeur bouclé. Je n'ai pas eu le temps. Ni la force.

C'est aussi moi, ça. L'inachèvement. Pas comme un échec — plutôt comme une réalité que j'ai appris à regarder en face. La vie sera trop courte pour que je fasse tout ce dont j'ai envie. Alors j'avance. Vers autre chose qui est aussi moi, à un autre moment.

Je publie la maquette du morceau ici. Dans cet état — entre ce qu'elle aurait pu être et ce qu'elle est. C'est peut-être l'endroit le plus juste pour elle.












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